
Depuis le 1er août 2026, une nouvelle grille de salaires minima s’impose à toutes les boutiques de fleurs. Elle découle de l’accord de branche du 10 mars 2026, étendu par arrêté du 17 juillet et publié au Journal officiel du 22 juillet. Concrètement : une revalorisation de 1,50 % sur l’ensemble des coefficients, et une obligation qui ne se discute pas, même pour une entreprise non adhérente à un syndicat.
Voici ce que dit cette grille, comment classer un salarié sans se tromper, et les points sur lesquels nous vous invitons expressément à ne pas nous croire sur parole.
De quelle convention parle-t-on ?
Les fleuristes relèvent de la convention collective nationale « Fleuristes, vente et services des animaux familiers », identifiée par le code IDCC 1978 et la brochure 3010. Elle a été signée le 21 janvier 1997 et étendue par arrêté du 7 octobre de la même année.
Cet intitulé surprend souvent : il regroupe deux métiers qui n’ont pas grand-chose en commun, la fleuristerie et l’animalerie. C’est un héritage de la construction des branches professionnelles, sans conséquence pratique — les classifications et les minima s’appliquent bien à votre boutique.
Le numéro IDCC doit figurer sur les bulletins de paie de vos salariés. S’il est absent, ou si c’est celui d’une autre branche, c’est le premier point qu’un contrôle relèvera — et il jette le doute sur tout le reste de la paie.
La grille applicable depuis le 1er août 2026
La classification s’organise en sept niveaux de trois échelons, soit vingt et un coefficients. Les montants ci-dessous sont des minima bruts mensuels pour un temps plein de 35 heures.
| Niveau | Échelon | Coefficient | Minimum brut mensuel |
|---|---|---|---|
| I | 1 | 110 | 1 882,18 € |
| I | 2 | 120 | 1 892,63 € |
| I | 3 | 130 | 1 903,08 € |
| II | 1 | 210 | 1 913,55 € |
| II | 2 | 220 | 1 924,00 € |
| II | 3 | 230 | 1 934,46 € |
| III | 1 | 310 | 1 944,91 € |
| III | 2 | 320 | 1 955,37 € |
| III | 3 | 330 | 1 965,83 € |
| IV | 1 | 410 | 1 976,29 € |
| IV | 2 | 420 | 2 018,11 € |
| IV | 3 | 430 | 2 059,93 € |
| V | 1 | 510 | 2 159,27 € |
| V | 2 | 520 | 2 274,30 € |
| V | 3 | 530 | 2 394,55 € |
| VI | 1 | 610 | 2 514,79 € |
| VI | 2 | 620 | 2 692,56 € |
| VI | 3 | 630 | 2 953,97 € |
| VII | 1 | 710 | 3 701,61 € |
| VII | 2 | 720 | 3 910,74 € |
| VII | 3 | 730 | 4 078,05 € |
Grille en vigueur depuis le 1er août 2026, issue de l’accord du 10 mars 2026 étendu le 17 juillet 2026. Vérifiez sur Légifrance avant d’établir un contrat : un accord postérieur peut l’avoir remplacée.
Deux lectures sautent aux yeux. D’abord, l’écart entre les niveaux I et IV est faible : moins de cent euros séparent le premier coefficient du douzième. La progression conventionnelle ne récompense pas beaucoup la montée en compétence dans le bas de la grille, ce qui explique que beaucoup de boutiques paient au-dessus du minimum pour retenir un bon vendeur.
Ensuite, l’écart se creuse brutalement à partir du niveau V. Passer de IV-3 à V-1 vaut une centaine d’euros, et de VI-3 à VII-1 près de sept cent cinquante. C’est là que la classification devient un vrai sujet de négociation.
Comment classer un salarié
La logique de la grille est celle de l’autonomie et de la responsabilité, pas de l’ancienneté seule. Voici comment cela se traduit dans une boutique.
Niveaux I et II — l’exécution
On applique des consignes précises. Nettoyage des seaux et de l’atelier, mise en eau, entretien des végétaux, retrait des fleurs fanées, préparation des commandes déjà composées, encaissement simple. Le salarié ne décide ni de l’assortiment ni du montage.
C’est le niveau d’une personne sans formation qui débute, ou d’un renfort saisonnier recruté pour la Toussaint. Attention toutefois : dès qu’un renfort compose seul, même un bouquet simple, il sort de ce niveau.
Niveaux III et IV — la qualification
On compose seul, on conseille le client, on gère une commande de bout en bout. C’est le niveau du titulaire d’un CAP qui a pris ses marques, et celui de la majorité des salariés d’une boutique de quartier.
La frontière entre III et IV se joue sur l’autonomie commerciale : au niveau IV, la personne prend une commande de deuil ou de mariage, fixe un budget avec le client, et engage la boutique.
Niveau V — la haute qualification
Créations complexes, événementiel, pièces funéraires importantes, avec une autonomie complète sur le rendu et sur le budget. La personne conçoit plutôt qu’elle n’exécute, et elle est capable de reprendre une commande ratée.
Niveaux VI et VII — encadrement et direction
Au niveau VI, on anime une équipe, on passe les commandes fournisseurs, on organise le planning. Au VII, on répond de la marche générale de l’entreprise ou d’un point de vente : chiffre, marge, recrutement.
Trois erreurs qui coûtent cher
Confondre le minimum conventionnel et le SMIC
Le premier coefficient de la grille, 1 882,18 €, est supérieur au SMIC mensuel. Payer au SMIC un salarié classé au niveau I ne suffit donc pas : c’est le minimum conventionnel qui s’impose. Le raisonnement « je suis au-dessus du SMIC, je suis en règle » est faux dans cette branche.
Le rappel se calcule sur les trois dernières années en cas de contrôle, avec les cotisations correspondantes. Sur un poste à temps plein, l’addition dépasse vite le millier d’euros par année de retard.
Classer au titre du poste plutôt qu’aux fonctions réellement exercées
Un intitulé de contrat n’emporte rien. C’est ce que la personne fait au quotidien qui détermine son niveau. Un salarié embauché « vendeur » mais qui compose seul les bouquets de deuil et conseille les familles exerce des fonctions de niveau III ou IV, et peut demander la requalification.
En cas de litige, le juge regarde les tâches, pas l’étiquette. Le meilleur réflexe est de décrire les fonctions dans le contrat, précisément, et de le mettre à jour quand elles évoluent.
Oublier de suivre les revalorisations
La branche renégocie ses minima régulièrement, et un accord étendu s’applique à toutes les entreprises — y compris celles qui n’ont rien signé et n’adhèrent à aucun syndicat. Une grille affichée dans l’arrière-boutique depuis deux ans est probablement caduque.
Le réflexe : vérifier au premier trimestre de chaque année, et relire les bulletins après chaque extension publiée au Journal officiel. Un salarié dont le salaire réel était pile au minimum passe automatiquement sous le seuil le jour de l’entrée en vigueur.
Ce qui s’ajoute au minimum, et pourquoi nous ne le chiffrons pas ici
Le salaire de base n’est pas tout. La convention traite aussi de la prime d’ancienneté, du travail du dimanche, des jours fériés, des majorations d’heures supplémentaires et des durées de période d’essai. Ces points pèsent lourd dans une boutique qui ouvre le dimanche et qui vit sur quelques pics annuels.
Nous ne publierons pas ces chiffres ici, et il faut dire pourquoi. En préparant cet article, nous avons consulté plusieurs sites spécialisés qui reprennent la convention. Ils se contredisent sur chacun de ces points : la prime d’ancienneté est donnée à 3, 6, 9, 12 et 15 % chez l’un, à 2, 4, 6 et 8 % chez l’autre ; le dimanche est décrit sans majoration ici, majoré de 100 % là ; le plafond annuel d’heures supplémentaires passe de 180 à 220 heures selon la page consultée.
Recopier l’un ou l’autre reviendrait à propager une erreur dans un domaine où l’erreur se paie. Sur ces sujets, prenez le texte lui-même.
Où trouver le texte officiel
La convention et l’ensemble de ses avenants sont consultables gratuitement sur Légifrance, en recherchant l’IDCC 1978. C’est la seule source qui fasse foi, et elle est publique.
Les fédérations professionnelles apportent l’interprétation : la Fédération française des artisans fleuristes et l’Union nationale des fleuristes mettent à disposition de leurs adhérents des versions commentées, des modèles de contrats et une assistance sociale. Pour un employeur avec plusieurs salariés, l’adhésion se rentabilise au premier litige évité.
Cet article présente la grille pour vous aider à vous repérer ; il ne remplace ni le texte officiel ni l’avis d’un conseil. Pour une situation particulière — requalification, temps partiel, extra de saison, rupture — appuyez-vous sur le texte et faites-vous accompagner.
Et l’autre grand poste de la boutique
La masse salariale est le premier poste d’une boutique de fleurs. Le second est l’achat, et c’est celui sur lequel la marge de manœuvre est immédiate : regrouper ses consommables chez un seul fournisseur évite de multiplier les frais de port et les minima de commande, et permet de suivre un coût matière au lieu de le subir.
C’est le raisonnement derrière notre catalogue de matériel, organisé par geste plutôt que par famille de produit — de la mousse florale à l’emballage en passant par les rubans. Le catalogue en PDF reprend chaque référence avec son prix hors taxes, ce qui permet de chiffrer un budget annuel de consommables sur des montants réels.
